Une interview de Julien Delmaire sur le slam en France et à Lille
Dans son dernier numéro, le magazine urbain A Nous Lille consacre un grand article au slam à travers l’un des meilleurs slameurs français, Julien Delmaire. Une forme de reconnaissance aussi du travail de fond de l’association en faveur du slam. Nous reproduisons ici l’article, également disponible sur le site de A nous/Lille
Julien Delmaire, slamer!
Julien Delmaire a 30 ans et se consacre pleinement à sa passion : le slam. De cette pratique artistique parfois encore méconnue, il s’est fait un véritable ambassadeur, soucieux d’encourager chacun à s’exprimer librement, à écrire lors d’ateliers, à prendre la parole lors de scènes ouvertes. Un art qui réconcilie avec l’écriture, la prise de parole et qui permet d’exorciser.
Comment avez-vous découvert le slam ?
Au Zem théâtre à Lille en 2000 et j’ai tout de suite adhéré. J’écrivais déjà de la poésie, du rap. Le côté convivial, micro ouvert, m’a plu. J’ai écrit de plus en plus de textes et en 2003-2004, j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps. Depuis trois ans, je vis de ma pratique artistique : c’est une passion qui s’est transformée en métier.
Cela signifie qu’on peut vivre du slam aujourd’hui ?
Oui, mais c’est un risque. Tout le monde ne gagne pas sa vie comme Grand Corps Malade ou Abd Al Malik. Choisir de vivre de son art, c’est choisir l’instabilité, jongler entre les ateliers, les scènes. Je me vois mal faire autre chose… Depuis trois ans, je suis salarié d’une association, la Compagnie Générale d’imaginaire, qui travaille sur la promotion du slam.
Quel est votre rôle ?
J’anime des ateliers pour des publics divers : celui des écoles, en prison, avec des personnes non-voyantes, des primo-arrivants… Cela m’apporte beaucoup, chaque atelier me fait évoluer, c’est une vraie gratification. Dans ces moments, le slam est mis en avant, mais il permet aussi d’appréhender la poésie classique de manière contemporaine : par exemple de présenter Rimbaud d’une autre manière à un jeune de 17 ans. Il est important aussi de montrer que l’écriture est un plaisir, que c’est un outil incroyable pour appréhender le monde. C’est aussi l’occasion de mettre en valeur le potentiel créatif de chacun.
Depuis vos débuts, constatez-vous une évolution du genre ?
Il y a eu beaucoup de changements sur la scène slam nationale et à Lille notamment. Entre le Zem, le Salsero, le Café de la Treille, le Baobab, etc., on peut slamer deux fois par semaine à Lille. Avec Grand Corps Malade, les gens ont été sensibilisés et la scène lilloise est particulièrement dynamique. Les échanges avec la Belgique, le bassin minier et le Pas-de-Calais existent et la scène européenne se fédère. Le slam n’appartient plus à l’underground : il y a une volonté d’agir au grand jour, de populariser cet art.
En même temps, le slam reste un art intimiste, qui fuit les grandes scènes…
Tout le monde a entendu parler du slam, mais le grand public aimerait le figer, comme une sorte de hip hop soft. Le slam est né, comme le hip hop, dans les années 60/70 aux Etats-Unis, cependant, on ne peut pas mettre les deux dans la même case. Il y a autant de slam que de slameurs. Chacun peut devenir slameur : pour beaucoup, il s’agit d’une pratique amateur. Comme dans les cinq minutes “warholiennes” : chacun a le droit d’être écouté et applaudi. C’est un véritable espace de libres paroles et un sacré contre pouvoir. Il n’y a pas de marchandisation du slam, les scènes restent gratuites ou très peu chères. C’est un havre parce qu’il n’y a pas d’enjeu d’argent. Pas plus que de pression sociale car personne ne juge l’autre. Même si on est professionnel sur une scène, on demeure une personne parmi les autres. Cela remet l’art au niveau des gens, il y a une vraie exigence d’humilité.
Quels types de personnes participent aux soirées ?
Le slam est un dispositif, un espace où les gens peuvent s’exprimer librement avec seulement une contrainte de temps et l’obligation que ce soit a capella. Mais cela peut-être un texte - écrit soi-même ou le texte d’un autre -, une chanson, de la poésie, du stand up, un sketch… L’idée est que chacun peut prendre la parole et redevient spectateur ensuite. Le profil est varié : de l’étudiant en Lettres au jeune rappeur, en passant par le poète et la personne qui ressort ses carnets du tiroir. Il y a une mixité sociale et une certaine parité. Les gens se libèrent, s’affirment dans un espace public. Mais les textes n’ont pas un contenu forcément politique, même si à Lille, beaucoup sont militants, conscients. Ce côté revendicatif, même dans les textes comiques, est certainement lié à l’histoire de la région alors que les scènes parisiennes sont souvent plus légères. Ce “slam-thérapie” permet d’exorciser, il prend l’allure de catharsis sociale. C’est à la fois artistique et cela implique du dialogue social.
Et vous, de quoi vous inspirez-vous ?
Mes textes sont engagés. Pour moi, la poésie est un outil de compréhension du monde, de questionnement, de dialogue, d’interpellation de l’autre. Bien sûr, il y a des images, des allégories, mais les textes font référence à la réalité. La poésie est un mariage entre l’esthétique et l’éthique, elle permet aussi de parler des marginaux et de rapprocher les gens qui se croient séparés.
Quels lieux aimez-vous fréquenter dans la métropole lilloise ?
L’ARA à Roubaix est un lieu où artistes et acteurs socioculturels se rencontrent dans un esprit de partage, c’est un lieu incontournable. J’écris beaucoup au musée de la Piscine à Roubaix, il m’inspire. Je vais régulièrement au Salsero et aussi au Club, rue Gambetta à Lille. De manière générale, j’aime aussi les petits théâtres, ceux qui ont un côté intimiste : le Zem, l’Antre-deux, l’USTL à Villeneuve-d’Ascq. Ce sont de petits lieux, mais très accueillants.
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Title: Une interview de Julien Delmaire sur le slam en France et à Lille
- Published:
- 05.01
- Category:
- Médias
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